Jacques Brel - La Statue

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Jacques Brel - La Statue

Message par Seby le Jeu 5 Sep - 10:03

Une de mes chansons préférées de Brel, sur un de ses thèmes de prédilection: l'hypocrisie.



Jacques Brel - La Statue

J'aimerais tenir l'enfant de Marie
Qui a fait graver sous ma statue
" Il a vécu toute sa vie
Entre l'honneur et la vertu "
Moi qui ai trompé mes amis
De faux serment en faux serment
Moi qui ai trompé mes amis
Du jour de l'An au jour de l'An
Moi qui ai trompé mes maîtresses
De sentiment en sentiment
Moi qui ai trompé mes maîtresses
Du printemps jusques au printemps

Cet enfant de Marie je l'aimerais là
Et j'aimerais que les enfants ne me regardent pas

J'aimerais tenir l'enfant de carême
Qui a fait graver sous ma statue
" Les Dieux rappellent ceux qu'ils aiment,
Et c'était lui qu'ils aimaient le plus "
Moi qui n'ai jamais prié Dieu
Que lorsque j'avais mal aux dents
Moi qui n'ai jamais prié Dieu
Que quand j'ai eu peur de Satan
Moi qui n'ai prié Satan
Que lorsque j étais amoureux
Moi qui n'ai prié Satan
Que quand j'ai eu peur du Bon Dieu

Cet enfant de carême je l'aimerais là
Et j'aimerais que les enfants ne me regardent pas

J'aimerais tenir l'enfant de salaud
Qui a fait graver sous ma statue
" Il est mort comme un héros
Il est mort comme on ne meurt plus "
Moi qui suis parti faire la guerre
Parce que je m'ennuyais tellement
Moi qui suis parti faire la guerre
Pour voir si les femmes des Allemands
Moi qui suis mort à la guerre
Parce que les femmes des Allemands
Moi qui suis mort à la guerre
De n'avoir pu faire autrement

Cet enfant de salaud je l'aimerais là
Et j'aimerais que mes enfants ne me regardent pas
Dans le texte, et dans la composition et l'interprétation, il y a deux "tons" bien distincts: le ton "solennel", ce que les autres ont choisi de retenir de lui, et un ton plus "joyeux" et ironique, la description par le protagoniste (en italique dans le texte).

"On" fait passer le protagoniste pour quelqu'un de respectable et vertueux. Le fait d'avoir une statue à son effigie renforce cette respectabilité, on met en avant ses qualités comme la loyauté, la fidélité, la ferveur, le courage, ... Mais il démolit tout ça avec ses sarcasmes, parfois à la limite de l'absurdité (sur Dieu et Satan), il se moque de lui-même.
Et j'aime bien ce passage: "Moi qui suis parti faire la guerre / Pour voir si les femmes des Allemands / Moi qui suis mort à la guerre / Parce que les femmes des Allemands", où il ne termine pas ses phrases.

On sent également monter la violence dans les mots choisis, passant de "l'enfant de Marie" à "l'enfant de salaud". Cette hypocrisie, à son adresse peut-être, ou à l'adresse d'autres personnes qui seront adulés post-mortem, en oubliant les conneries qu'ils ont pu faire, et en donnant de l'emphase sur tout point positif potentiel.
Ce sont toujours les meilleurs qui partent les premiers Wink

On retrouve ça dans la chanson de Brassens "Le Temps Passé":
Brassens a écrit:Il est toujours joli, le temps passé
Un' fois qu'ils ont cassé leur pipe
On pardonne à tous ceux qui nous ont offensés
Les morts sont tous des braves types

_________________
J'me sens coupable d'avoir été dans une vie antérieure l'une de ces charmantes petites créatures que l'on rencontre au fond des bouteilles de mescal et d'en ressentir à tout jamais un sentiment mélancolique de paradis perdu.
- Thiefaine
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